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autres, estompant les frontières entre le réel, le rêve et l‘illusion. Le regard immobile, constamment fixé sur un point lointain, favorise donc le glissement de la réalité à l’illusion, propre au théâtre, et par là même, le glissement entre le visible et l’invisible. A Tanger, l’hiver, le café Hafa se transforme en un observatoire des rêves et de leurs conséquences. Les chats des terrasses, du cimetière et du principal four à pain du Marshan se réunissent là comme pour assister au spectacle qui se donne en silence et dont personne n’est dupe. Les longues pipes de kif circulent d’une table à l’autre, les verres de thé à la menthe refroidissent, cernés par des abeilles qui finissent par y tomber dans l’indifférence des consommateurs perdus depuis longtemps dans les limbes du haschisch et d’une rêverie de pacotille. [...] D’autres [hommes], assis sur des nattes, le dos au mur, fixent l’horizon comme s’ils l’interrogeaient sur leur destin. Ils regardent la mer, les nuages qui se confondent avec les montagnes, ils attendent l’apparition des premières lumières de l’Espagne. Ils les suivent sans les voir et parfois les voient alors qu’elles sont voilées par la brume et le mauvais temps » (Ben Jelloun : 11) Parallèlement à la projection des rêves, a lieu la projection de souvenirs lumineux de ceux qui ont déjà émigrés et ont été expulsés. Et les rêves finissent par se confondre avec les souvenirs36, en un balancement entre le désarroi et l’espoir, en une dilution de ces frontières qui permettent de situer une présence au monde. Le statisme de la représentation finit par faire basculer dans une intemporalité où le merveilleux prend alors le pas sur le réel. Le Détroit. Au milieu du désarroi créé par l’obsession d’émigrer, le Détroit, ‘le néant bleu’, est le premier repère, le point de rencontre, un espace fondateur et un lieu de rencontre narrative. Le Détroit, frontière géographique, politique, mais également frontière invisible et mobile du partage des eaux de l’Atlantique et de la Méditerranée, deviendra symbolique non seulement de partages et de divisions, mais aussi de dilution des démarcations. Pour les personnages marocains le Détroit finit par ne plus exister : le jour il s’agit d’un simple panorama, et le regard porte alors sur ce qui est mobile dans l’activité du port de Tanger. Et la nuit, l’obsession du départ fait que l’on ne voit plus que les lumières d’en face, lumières qui clignotent, lumières mobiles, ou encore les lumières 36. Malgré son titre, Cannibales. Traversée dans l’enfer de Gibraltar, la traversée n’est pas décrite dans le roman. Elle n’apparaît que comme reportage sur un écran de télé lorsque les policiers ramassent les cadavres sur la plage (p.214). Dans Les Clandestins deux courts paragraphes lui sont dédiées, même si par la suite, elle est évoquée au chapitre 17. Quant à Le Néant Bleu, il comprend deux chapitres, peu réussis, consacrés à la traversée, qui offrent des clichés de l’épopée personnelle du protagoniste, seul survivant. Descontinuidades e confluências de olhares nos estudos francófonos
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