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musique surprit Pideuh, mais il sut contenir son hilarité
pour ne pas se trahir. Le tonnerre n'aurait pas grondé
assez fort pour couvrir les éclats de son rire.
Le tambour improvisé accompagnait de mystérieuses
petites histoires que se racontait la vieille. Il écouta
attentivement pendant un moment, puis voulut lui jouer
une farce. Il alla doucement tuer une souris. Revenu à
son poste d'observation, il chercha une brèche dans le
mur, fit le tOur de la maison et fmit par en trouver une. TI
lança la bestiole par la fente et elle tomba sur le vagin de
la musicienne. Elle ramassa la bestiole sans témoigner
de la moindre surprise, comme si son vagin lui avait
toujours procuré pareil gibier, et remercia longuement
son organe pour cette excellente viande. Puis elle se
remit au tam-tam en chantonnant. Pideuh fut un peu
fâché par l'ingratitude de cette vieille. Il s'en alla tuer
cinq autres souris et revint les jeter une à une à travers la
fente. La vieille les ramassait avec de bruyants
témoignages de gratitude à l'adresse de son sexe. La
troisième se logea dans la vulve, ne laissant que sa
queue à l'air libre. Elle daigna cette fois-là regarder d'où
lui venait tout ce gibier. Pideuh s'était reculé
précipitamment et se fit étranger à tous ces événements.
La vieille se redressa vivement et s'habilla vite d'une
espèce de cache-sexe en fibres végétales. Elle n'eut pas
le temps de remarquer que la queue de la souris coincée
dans son sein pointait hors de sa guenille. Elle alla
accueillir son hôte à la porte. Celle-ci était si petite que
Pideuh eut du mal à la distinguer des interstices du mur.
Ce fut une autre histoire quand il fallut entrer par cette
chatière. La vieille dut le tirer par la tête. L'accueil fut
chaleureux.
- Viens mon pauvre enfant, il va pleuvoir. Que fais-tu
là dehors?
- Je suis Pideuh, berger. Je suis avec mon troupeau
dans la plaine. Je voulais m'abriter sous le grand
tamarinier quand j'ai aperçu ta maison.
- fespère que tu n'as rien vu d'obscène.
Sans lui laisser le temps de placer un mot sur le
spectacle, elle continua:
- Le temps se gâte dehors. Ton troupeau est
rassemblé sous les baobabs. Tu dois certainement avoir
faim. Je vais te faire un repas tout de suite. Sa voix se
faisait douce, cachant mal un chevrotement
Pideuh avait faim, et il accueillit avec plaisir l'offre de
la vieille. Il devait assister à une scène inoubliable.
L'hôtesse avait pour ustensile une vieille calebasse
rongée par les termites. Elle arracha une touffe de poils
de son pubis, la baptisant du nom d'un légume, le
nassané. Elle se moucha dans sa calebasse et donna à sa
morve le nom nouveau de gombo. Elle urina sur le
mélange pour le saler, malaxa le tout et annonça que la
sauce était prête. Il restait le cous-cous. Son anus bâilla,
libéra de la matière fécale qu'elle recueillit dans son
tesson de calebasse. Le repas pouvait être servi.
- Mc;rci beaucoup, grand-mère, s'exclama le berger.
Cependant, j'ai un interdit. Nul ne doit me voir manger.
Permettez-moi de me mettre derrière cette meule.
- Vas-y, mon cher enfant. Fais exactement comme
chez toi. Sa voix rappelait le râle d'un malade à l'agonie.
Diss~ulé
par la pierre, Pideuh creusa un trou dans le
sol et y versa le contenu de sa calebasse. Il resta là
encore un peu, puis réapparut, l'air vraiment satisfait. Il
remercia longuement son hôtesse pour son accueil et son
excellente cuisine. Celle-ci ne voulut pas s'arrêter en si
bon chemin. Elle recueillit le pus de ses plaies dans la
calebasse et le tendit au jeune homme avec ces mots :
- Voilà un peu de vin blanc.
- Oh, merci grand-mère. Quand je serai chez moi, je
raconterai aux miens combien tu fus prévenante et
gentille pour moi. Aucune ironie ne perçait dans sa voix.
Il retourna denière sa pierre et versa la curieuse boisson
dans le trou.
Dehors, la pluie continuait. Il attendit qu'elle cesse,
puis demanda à rentrer chez lui avec son troupeau car, il
se faisait tard. La vieille insista pour l'accompagner sur
une partie du trajet. Il marchèrent jusqu'à la rivière qui
séparait le village des pâturages. La vieille demanda au
jeune homme :
- Quand tu seras au village, que leur raconteras-tu?
- Je leur dirai que j'ai rencontré une grand-mère très
gentille. Elle m'a donné à boire et à manger.