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219 musique surprit Pideuh, mais il sut contenir son hilarité pour ne pas se trahir. Le tonnerre n'aurait pas grondé assez fort pour couvrir les éclats de son rire. Le tambour improvisé accompagnait de mystérieuses petites histoires que se racontait la vieille. Il écouta attentivement pendant un moment, puis voulut lui jouer une farce. Il alla doucement tuer une souris. Revenu à son poste d'observation, il chercha une brèche dans le mur, fit le tOur de la maison et fmit par en trouver une. TI lança la bestiole par la fente et elle tomba sur le vagin de la musicienne. Elle ramassa la bestiole sans témoigner de la moindre surprise, comme si son vagin lui avait toujours procuré pareil gibier, et remercia longuement son organe pour cette excellente viande. Puis elle se remit au tam-tam en chantonnant. Pideuh fut un peu fâché par l'ingratitude de cette vieille. Il s'en alla tuer cinq autres souris et revint les jeter une à une à travers la fente. La vieille les ramassait avec de bruyants témoignages de gratitude à l'adresse de son sexe. La troisième se logea dans la vulve, ne laissant que sa queue à l'air libre. Elle daigna cette fois-là regarder d'où lui venait tout ce gibier. Pideuh s'était reculé précipitamment et se fit étranger à tous ces événements. La vieille se redressa vivement et s'habilla vite d'une espèce de cache-sexe en fibres végétales. Elle n'eut pas le temps de remarquer que la queue de la souris coincée dans son sein pointait hors de sa guenille. Elle alla accueillir son hôte à la porte. Celle-ci était si petite que Pideuh eut du mal à la distinguer des interstices du mur. Ce fut une autre histoire quand il fallut entrer par cette chatière. La vieille dut le tirer par la tête. L'accueil fut chaleureux. - Viens mon pauvre enfant, il va pleuvoir. Que fais-tu là dehors? - Je suis Pideuh, berger. Je suis avec mon troupeau dans la plaine. Je voulais m'abriter sous le grand tamarinier quand j'ai aperçu ta maison. - fespère que tu n'as rien vu d'obscène. Sans lui laisser le temps de placer un mot sur le spectacle, elle continua: - Le temps se gâte dehors. Ton troupeau est rassemblé sous les baobabs. Tu dois certainement avoir faim. Je vais te faire un repas tout de suite. Sa voix se faisait douce, cachant mal un chevrotement Pideuh avait faim, et il accueillit avec plaisir l'offre de la vieille. Il devait assister à une scène inoubliable. L'hôtesse avait pour ustensile une vieille calebasse rongée par les termites. Elle arracha une touffe de poils de son pubis, la baptisant du nom d'un légume, le nassané. Elle se moucha dans sa calebasse et donna à sa morve le nom nouveau de gombo. Elle urina sur le mélange pour le saler, malaxa le tout et annonça que la sauce était prête. Il restait le cous-cous. Son anus bâilla, libéra de la matière fécale qu'elle recueillit dans son tesson de calebasse. Le repas pouvait être servi. - Mc;rci beaucoup, grand-mère, s'exclama le berger. Cependant, j'ai un interdit. Nul ne doit me voir manger. Permettez-moi de me mettre derrière cette meule. - Vas-y, mon cher enfant. Fais exactement comme chez toi. Sa voix rappelait le râle d'un malade à l'agonie. Diss~ulé par la pierre, Pideuh creusa un trou dans le sol et y versa le contenu de sa calebasse. Il resta là encore un peu, puis réapparut, l'air vraiment satisfait. Il remercia longuement son hôtesse pour son accueil et son excellente cuisine. Celle-ci ne voulut pas s'arrêter en si bon chemin. Elle recueillit le pus de ses plaies dans la calebasse et le tendit au jeune homme avec ces mots : - Voilà un peu de vin blanc. - Oh, merci grand-mère. Quand je serai chez moi, je raconterai aux miens combien tu fus prévenante et gentille pour moi. Aucune ironie ne perçait dans sa voix. Il retourna denière sa pierre et versa la curieuse boisson dans le trou. Dehors, la pluie continuait. Il attendit qu'elle cesse, puis demanda à rentrer chez lui avec son troupeau car, il se faisait tard. La vieille insista pour l'accompagner sur une partie du trajet. Il marchèrent jusqu'à la rivière qui séparait le village des pâturages. La vieille demanda au jeune homme : - Quand tu seras au village, que leur raconteras-tu? - Je leur dirai que j'ai rencontré une grand-mère très gentille. Elle m'a donné à boire et à manger.