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co~a~ssance
d~s esprits, de la raison spéculative et
empIp.que, tandIs que derrière lui, la cité des hommes
d~génère.
Par un nouvel acte sexuel, il revient au
villape. Sa prés~nce dans ce milieu est une grossesse
contl~uelle, car 11 loge dans la matrice de Ango Kada,
son hotesse. Par un grand coït collectif, il initie toutes
les femmes en même temps qu'il signe sa présence
permanente et définitive parmi les hommes. Ce geste
reprise ~t célébration de l'acte de Ango Kada, sera répété
symbohquement dans le mevungu.
Deux conceptions sont en lutte ici. Pour Ilo Pogo,
chef et pè~e, l'~cte sexuel est entaché de culpabilité. Il
est maUVais. C est le mal. Pour Evu, il est amorcé par le
désir, il est agréable et bienfaisant. Il ne peut être
mauvais. Cette ~euxième représentation est très proche
de,celles de nos mformateurs lors de nos enquêtes sur le
sUjet (1994). On pourrait voir dans cette prohibition le
refus de l'inceste. Mais 110 Pogo a épousé sa propre
soeur et convoite sa fille. En plus, à ce stade des
sociétés humaines, l'offre sexuelle est bien restreinte ..
L'attitude de 110 Pogo s'explique comme une
straté&i~ de pouvo~. A lui toutes les femmes, le plaisir
et les JOIes de la VIe. Venant d'une société à hiérarchie
diffuse, une .telle concepti<?n ne peut être présentée que
comme asociale. Cette duahté place la sexualité au centre
des conflits famili~llx, à l'origine de la dégénérescence
des sociétés humaines.
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La rét~ntionA de l'information sur la procréation, sa
déformatlon meme rappellent le silence observé sur la
sexualité aujourd'hui par les parents africains deva.'lt
leu.rs enfants, et montrent combien les conflits oedipiens
peuye~t être déte~nants
sur ce problème. Pour le père,
11 s agIt encore d un procédé devant lui assurer un
pouvoir immuable et définitif sur ses enfants. Il ne
réussit qu'à semer le doute et à créer la révolte. On
apprécie au passage l'ironie de la séance de divination
chez l'araignée. Elle se résume en un tissu d'évidences
mettant en lumière la cécité, la naïveté et finalement
l'échec de celui qui prétend monopoliser les lumières d~
savoir. Le savoir donne le pouvoir, est le pouvoir.
Donner le savoir, c'est ouvrir une porte. Parler de sexe
aux enfants, c'est leur perï;'l~ttre de le pratiquer.
Cependant, avant de conduire à la procréation, le sexe
obéit à d'autres déterminismes. Amorcé par le désir, il
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s'exprime avant tout par le magnétisme exercé sur
chaque protagoniste par son partenaire.
Le mythe fait de ce désir un mouvement naturel né de
nécessités physiques et physiologiques : il fait froid, et
les individus ont envie de se réchauffer. L'intimité
corporelle devient agréable, recherchée. Cette théorie
nous ramène au principe du fonctionnalisme
de
~alinowsky
(1944), pour lequel le besoin crée la
fonction, de laquelle naît la culture par complexité
progressive. Les faibles températures provoquent un
manque, comblé par l'intimité. De celle-ci germent les
tensions. Le reste suit, d'où l'échec du dirigisme de 110
Pogo. Cacher l'origine des enfants est donc un vain
exercice parce que la perpétuation de l'espèce n'est
qu'un aspect de la sexualité, les autres échappant à la
raison et à la volonté.
Les représentations des organes de la génération
s'attardent sur le sexe féminin. Le membre viril est très
brièvement
entrevu et présenté
à un moment
particulièrement odieux : une tentative de viol perpétrée
par un père sur sa fille. Il en résulte une vision horrible
et avilissante. Celle-ci est confirmée par les croyances.
Ainsi, les sorciers, dans leurs sabbats nocturnes,
s'~mparent des phallus des non-initiés pour en faire des
ohfants. Ils soufflent dans ces cors toute la nuit et les
rendent à leurs légitimes propriétaires une fois terminées
leurs liturgies. Le titulaire de l'organe ainsi utilisé ne
garde aucun souvenir de cette castration.
Cette
association entre la corne et le membre viril est manifeste
dans les danses du rite mevungu, quand les initiées font
le ges~e de se masturber avec une corne qu'elles tiennent
en main.
La matrice recèle quant à elle le secret du pouvoir de
la femme, car Evu, esprit de la raison, du savoir et du
pouvoir de l'intelligence, s'y est logé. L'organe sexuel
féminin ne peut donc être représenté ici comme une
béance, un vide, et les femmes africaines ne sont pas
conçues comme castrées. Nous l'avons montré ailleurs
(Abega, 1995).
Au niveau du fantasme, on retrouve, dans cette image
de la science, du savoir, de la rationalité personnifiés par
Evu et logés dans les vulves, une duplication de celle du
sac de savoir de 110Pogo dissimulé chez Ndene Bobo
Ngama, araignée terricole habitant les trous et consultée