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aujourd'hui encore par les devins. On peut donc
remarquer l'~xtrême fave~r de ce texte à l'égard des
femmes. Mals Evu est aUSSI,dans les autres versions du
texte, l'esprit du mal, de la maladie, de la sorcellerie. Il
s'introduit donc une ambivalence,
et même une
ambiguïté dans les symboles ..
Du même coup, l'acte sexuel devient un moment de
violente tension car, établissant une conjonction entre
l'homme et un être plein de déception reprochant au
mâle la décadence de l'humanité, et installé dans le sein
de la femme pour relever celle-ci de son infériorité. Nos
enquêtes en montrent le péril. L'on est bien vulnérable
a,ux e~voûteme~ts
à ~et instant précis, et Evu peut
s asseOIr en certalnes cIrconstances sur le membre viril
le coinçant et prolongeant interminablement le coït. D~
même évite-t-on d'enfoncer les doigts dans les trous car
le poison de la mygale est redoutable.
'
Un personnage
libérant l'acte sexuel de tout
~en~iment
de c~lpabilité
pour en honorer le plaisir,
InstItuant des ntes au caractère sexuel prononcé et
p~ésidant
de~ cé.rémonies de type orgiaque pour
feconder le meme JOur toutes les femmes d'un village ne
pouvait échapper à rire civilisatrice du colonisateur.
Assimilé au démon, Evu fut condamné et perséc"uté. Le
~onflit des représen.tati<?ns perdure et nos propres
mformateurs,
chrétIens pour la plupart, s'ils ne
remettent pas en cause le sixième commandement, ne
semblent pas trop troublés par ses préceptes.
Les noms des personnages
donnent bien peu
d'éléments. L'étymologie de Evu a fait couler de
l'~ncre,
certains le rapprochant de vu, prospérer,
d autres de wu, mourir. Cependant, dans les langues
des peuples voisin:; des pahouins, on retrouve hu chez
l~s ~ssa,
et ewusu ch~z les Dwala qui désignent des
real~tes proches. La racme semble donc appartenir à la
famIlle bantoue, et il serait difficile dans ce cas de nous
contenter de ce type de rapprochement. Les Maka
donnent à ce personnage le nom d'Elem, et une entité
voisine a été baptisée Lemba chez les Dwala. Le mot se
rapproche de lem, yem, savoir, être initié à la
sorcellerie, les beyem étant ceux qui savent mais aussi
les initiés aux mystères de la nuit.
'
.
~lo ~ogo viendrait, selon un vieil octogénaire beti, de
10, mstIller des gouttes dans le nez ou l'oeil, et pog, de
peg oufeg. intelligence, savoir. C'est celui qui donne
..
,
1
l'intelligence. rôle qu'il s'attribue dans le mythe. Mais le
verbe 10 veut dire aussi tromper. autre spécificité du
personnage. Adzem Marna, celle qui sait les choses, est
à rapprocher de l'Oyem Mam des bulu, qui a la même
signification. Chez ces derniers, il désigne aussi le
Grand Initié du rite ngi, s<;>ciétésecrète instituée pour
combattre les sorciers malfaisants. Dans les contes, il est
figuré par un petit oiseau, sosolo ou mbiamtsotsoli que
chacun consulte lorsqu'il est embarrassé par un
problème apparemment insoluble.
Modo Binama est le nom emphatique de l'homme. Il
vient de mod, homme, et binam, pluriel de enam, le
bras. C'est l'homme en tant qu'être de culture,
travailleur. Kada serait le crabe, et Kada Kada désigne
encore aujourd'hui un être tumultueux, bagarreur.
Attardons-nous cependant sur Mangono. Son nom
est à rapprocher de la Nyingono des Fang, soeur épouse
de Zama, leur ancêtre moniteUr. Dans les deux cas, le
nom peut se décomposer en manga ici ou nya là-bas, la
mère, et en ngon, la fille. Cest elle qui soutient la voûte
céleste, et dans les temples du rite iboga, elle est
symbolisée par le poteau central du temple. Celui-ci est
percé d'uit trou représentant sa vulve, figurée aussi par
le puits, la fontaine dans laquelle renaissent les initiés
par le baptême, l'eau de cette source étant les poils de
son pubis.
Ce symbolisme se retrouve aussi dans la forge où
l'enclume constitue une duplication de la source, entité
féminine jumelée au marteau masculin, le créateur ayant
été un forgeron produisant grâce au va et vient du
marteau, mouvement de la fécondation, des étincelles
qui se transformaient en êtres vivants. Il est encore
repris dans le dispositif de la forge lui-même, les
soufflets étant les glandes séminales mâles, les tuyères
figurant l'organe,phallique, l'air représentant la semence
masculine, le feu le sang de la femme, le fourneau étant
une matrice et le fer l'enfant à naître. Les rituels de
l'iboga mettent souvent en scène un initié mimant une
masturbation à côté du feu.
Ces éléments ont été élaborés à une époque où la
sexualité n'est pas asservie à la recherche du plaisir et du
profit. Ils ne sont pas définitivement
oubliés et
permettent de comprendre certaines représentations de la