Download Initiation - PDF Archive
Transcript
36 aujourd'hui encore par les devins. On peut donc remarquer l'~xtrême fave~r de ce texte à l'égard des femmes. Mals Evu est aUSSI,dans les autres versions du texte, l'esprit du mal, de la maladie, de la sorcellerie. Il s'introduit donc une ambivalence, et même une ambiguïté dans les symboles .. Du même coup, l'acte sexuel devient un moment de violente tension car, établissant une conjonction entre l'homme et un être plein de déception reprochant au mâle la décadence de l'humanité, et installé dans le sein de la femme pour relever celle-ci de son infériorité. Nos enquêtes en montrent le péril. L'on est bien vulnérable a,ux e~voûteme~ts à ~et instant précis, et Evu peut s asseOIr en certalnes cIrconstances sur le membre viril le coinçant et prolongeant interminablement le coït. D~ même évite-t-on d'enfoncer les doigts dans les trous car le poison de la mygale est redoutable. ' Un personnage libérant l'acte sexuel de tout ~en~iment de c~lpabilité pour en honorer le plaisir, InstItuant des ntes au caractère sexuel prononcé et p~ésidant de~ cé.rémonies de type orgiaque pour feconder le meme JOur toutes les femmes d'un village ne pouvait échapper à rire civilisatrice du colonisateur. Assimilé au démon, Evu fut condamné et perséc"uté. Le ~onflit des représen.tati<?ns perdure et nos propres mformateurs, chrétIens pour la plupart, s'ils ne remettent pas en cause le sixième commandement, ne semblent pas trop troublés par ses préceptes. Les noms des personnages donnent bien peu d'éléments. L'étymologie de Evu a fait couler de l'~ncre, certains le rapprochant de vu, prospérer, d autres de wu, mourir. Cependant, dans les langues des peuples voisin:; des pahouins, on retrouve hu chez l~s ~ssa, et ewusu ch~z les Dwala qui désignent des real~tes proches. La racme semble donc appartenir à la famIlle bantoue, et il serait difficile dans ce cas de nous contenter de ce type de rapprochement. Les Maka donnent à ce personnage le nom d'Elem, et une entité voisine a été baptisée Lemba chez les Dwala. Le mot se rapproche de lem, yem, savoir, être initié à la sorcellerie, les beyem étant ceux qui savent mais aussi les initiés aux mystères de la nuit. ' . ~lo ~ogo viendrait, selon un vieil octogénaire beti, de 10, mstIller des gouttes dans le nez ou l'oeil, et pog, de peg oufeg. intelligence, savoir. C'est celui qui donne .. , 1 l'intelligence. rôle qu'il s'attribue dans le mythe. Mais le verbe 10 veut dire aussi tromper. autre spécificité du personnage. Adzem Marna, celle qui sait les choses, est à rapprocher de l'Oyem Mam des bulu, qui a la même signification. Chez ces derniers, il désigne aussi le Grand Initié du rite ngi, s<;>ciétésecrète instituée pour combattre les sorciers malfaisants. Dans les contes, il est figuré par un petit oiseau, sosolo ou mbiamtsotsoli que chacun consulte lorsqu'il est embarrassé par un problème apparemment insoluble. Modo Binama est le nom emphatique de l'homme. Il vient de mod, homme, et binam, pluriel de enam, le bras. C'est l'homme en tant qu'être de culture, travailleur. Kada serait le crabe, et Kada Kada désigne encore aujourd'hui un être tumultueux, bagarreur. Attardons-nous cependant sur Mangono. Son nom est à rapprocher de la Nyingono des Fang, soeur épouse de Zama, leur ancêtre moniteUr. Dans les deux cas, le nom peut se décomposer en manga ici ou nya là-bas, la mère, et en ngon, la fille. Cest elle qui soutient la voûte céleste, et dans les temples du rite iboga, elle est symbolisée par le poteau central du temple. Celui-ci est percé d'uit trou représentant sa vulve, figurée aussi par le puits, la fontaine dans laquelle renaissent les initiés par le baptême, l'eau de cette source étant les poils de son pubis. Ce symbolisme se retrouve aussi dans la forge où l'enclume constitue une duplication de la source, entité féminine jumelée au marteau masculin, le créateur ayant été un forgeron produisant grâce au va et vient du marteau, mouvement de la fécondation, des étincelles qui se transformaient en êtres vivants. Il est encore repris dans le dispositif de la forge lui-même, les soufflets étant les glandes séminales mâles, les tuyères figurant l'organe,phallique, l'air représentant la semence masculine, le feu le sang de la femme, le fourneau étant une matrice et le fer l'enfant à naître. Les rituels de l'iboga mettent souvent en scène un initié mimant une masturbation à côté du feu. Ces éléments ont été élaborés à une époque où la sexualité n'est pas asservie à la recherche du plaisir et du profit. Ils ne sont pas définitivement oubliés et permettent de comprendre certaines représentations de la