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paraissent se fondre dans le mouvement des autres. Ceux qui s’y arrêtent de fait tirent parti de l’effervescence et du brassage du parking pour atténuer leur présence. Les témoins de Jéhovah à Aulnay, par exemple - les 3000 recèlent une communauté conséquente – , auraient choisi le parking Degas et le parking du marché –où s’activent également un peu plus loin des mécaniciens - comme point de rencontre pour cette simple raison. Ces deux parkings où ils se réunissent régulièrement et se donnent rendez-vous les assurent d’une certaine discrétion. Le prêche, qu’il réalise de manière fréquente, s’organise par étape. Les proclamateurs - tel est le nom de ceux qui officient après le travail - se réunissent chez l’un d’eux avant de partir deux par deux porter la bonne nouvelle chez les gens. Au bout d’une heure, tout le monde se réunit sur les parkings. Là, l’on discute avant de changer de partenaire pour une nouvelle tournée de porte à porte “C’est l’endroit le plus discret que nous avons trouvé ici, nous explique l’un des proclamateurs. “Vingt personnes réunies ça fait un peu meute, et ça attire vraiment le regard”. Mais le parking semble d’autant plus occupé par l’homme que celui qui s’y arrête participe de son mouvement. Car si l’on y stationne, c’est le plus souvent pour peu de temps. Le parking s’inscrit, de fait, dans un quotidien résidentiel. Les mécaniciens et les bricoleurs sont des têtes connues avec lesquels l’on vient s’entretenir dans le cas de rapports plus soutenus. L’un revenant du travail fait un détour par le parking des bricoleurs, l’autre de retour des courses, s’arrêtera dans le parking pour garer sa voiture un peu plus longtemps que prévu, car sur le parking, il y a des « amis » bricoleurs. Un mec va garer sa voiture, il rencontre quelqu’un, ils se parlent : le parking quand il n’y a des mécanos, je peux pas dire que c’est un lieu de vie, mais c’est un lieu de rencontre”, explique Rachid, 30 ans. Monsieur Olga, lorsqu’il rentre des courses, accompagne sa femme, devant le hall d’entrée. Une fois, femme et courses engouffrées dans l’ascenseur, il ramènera la voiture dans le box. « Je ne compte pas sur lui avant une heure », s’esclaffe, madame Olga. Quelques jours plus tard, le mari nous explique : « Le parking est un lieu où l’on peut passer dire bonjour parce qu’il y a untel qui parle avec untel. Et il y a un troisième qui vient, il y a une conversation qui se déclenche. Et puis un autre qui passe, qui a fait ses courses, ou qui revient des courses. Quelqu’un qui lave, par exemple, on va rester avec lui. C’est une façon de l’encourager. Pendant qu’il nettoie, on parle d’autres choses, de la politique ou d’autres choses. » Le parking qui attire l’homme bricoleur ou le passant, dans ce cas-là, joue véritablement le rôle de seuil : à l’instar des anciens commerces de proximité analysés par Mayol (1980) et les 297