Download L` IMPENSE INFORMATIQUE

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données", à l'instar des "paradis fiscaux". Qui plus est, "la Commission se dit préoccupée par le
<<grand silence qui se fait dans les enseignements au sujet de la conception générale de
l'informatique (...) implicitement, si ce n'est expressément, présentée comme une technique neutre à
l'égard (...) de la morale et de la politique>>. Conception que la Commission ne partage absolument
pas". Plus loin encore "l'informatique n'est pas neutre. (...) Coûteuse et ésotérique, elle est d'abord au
service des puissants (...), elle facilite la concentration du pouvoir. (...) Il est possible de mettre en
oeuvre l'informatique de façon à protéger les secrets (...), à assurer une large diffusion des
informations dans un esprit démocratique. (...) Tout cela est possible, mais il faut le vouloir.
Actuellement, ce n'est pas vers ces directions-là qu'incline la pente naturelle des choses".
Non seulement donc le rapport va dans le sens de P. Boucher, mais va même beaucoup plus
loin, puisque, rappelons-nous son article de dénonciation de Safari du 21.03.74[12], celui-ci s'était
défendu de toute critique à l'égard de l'informatique en tant que technique, lui délivrant, implicitement,
un brevet de neutralité. Il faut en fait attendre une Commission officielle et un rapport rédigé par un
Conseiller d'Etat, B. Tricot, pour que soit pris au sérieux le problème de la neutralité. Non qu'il soit
d'ailleurs traité en son entier, puisque comme à l'habitude, seules les implications (conséquences), en
aval, de la technique au regard du social sont prises en compte, tandis que les implications
(internalisation), en amont, du social dans la technique, sont ignorées 728.
A la limite il semblerait que l'informatique relève d'une quasi-fatalité dont la force ne peut être
contrecarrée que par un vouloir fort et explicite. A une technique qui n'est pas neutre socialement mais
sans que l'on sache pourquoi, répond un vouloir que l'on sait devoir affirmer mais sans que l'on sache,
là non plus, pourquoi. Ce flou repose, en définitive, sur une position en ligne de crête : difficulté à
considérer la technique comme produit sociétal d'un coté, mais impossibilité pratique de sacrifier cette
dimension de l'autre ! Aussi faut-il "créer au sein de l'Etat une instance largement indépendante qui
soit en quelque sorte l'organe de la conscience nationale face à l'emploi de l'informatique". Le
diagnostic pessimiste dressé par la Commission génère des <<pourquoi>> qui appellent une instance
chargée de ne pas les remettre en question en cherchant justement à y répondre : où la critique ne vise
qu'à la création de son antidote ; et c'est là sa limite !
Carte blanche ? s'interrogent le 19.11.77[32] L.E. Pettiti et P. Lafarge, respectivement avocat
et bâtonnier. Ils posent la question de l'autonomie du citoyen face à l'informatique : "L'intégration de
tous les citoyens dans l'ordinateur est-elle inévitable, et si elle ne l'est pas aurons-nous encore le droit
d'avoir une carte blanche ? (...) Les informaticiens et leurs fiches sont prêts a tous les risques si l'on
n'y prend pas garde". Puis ils en pointent la dimension-pouvoir, dans ses conséquences sociales, sans
remonter néanmoins vers l'amont : "L'informatique au service de l'information accroîtra encore son
importance, mais c'est, en définitive, celui qui en possédera la clé qui détiendra aussi ce pouvoir qui
supplantera les autres". Ensuite ils en soulignent la capacité totalisatrice (synchroniquement) et
intégratrice (diachroniquement) : "La photographie qui sortira du terminal représentera sans la
moindre attente toute une vie". C'est pourquoi "(...) le secteur de l'informatique de gestion appliquée à
l'organisation judiciaire mérite un chapitre spécial". Enfin ils reprennent l'idée que "certains aspects
728cf
"Rapport de la Commission informatique et libertés".
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