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Il s'agit en effet de récuser la concentration du pouvoir : or, la décentralisation attendue de la
télématique, celle qui repose donc sur le réseau, s'avère insuffisante à leurs yeux : il convient alors de
choisir, plus que la communication, l'autonomie et le <<nomadisme>> des objets...et l'attitude reste
rare.
"Les pieds d'argile" : le 25.09.79[60] P. Drouin, nous le savons, nous propose sous ce titre
étrange une réflexion sur "la vulnérabilité d'une société de plus en plus informatisée". En effet, nous
dit-il, "plus le savoir, plus le pouvoir ont une forte <<densité>>, plus les risques engendrés par une
détérioration d'une maille du réseau sont grands"
655.
La conclusion de l'article justifie le titre : "le
colosse informatique aura des pieds d'argiles si l'on ne trouve pas la parade". Celle que Drouin
promeut ne requiert pas tant l'ajustement du colosse que celui des pieds, c'est la décentralisation.
Parler de <<densité>> du pouvoir, c'est bien faire référence sur un mode original, à sa
concentration, à sa centralisation : or, notre société repose sur une densité extrême. Ce qui lui pose un
problème de fiabilité : car la complexité sociétale se double d'une complexité propre à son outil de
gestion ! C'est pourquoi la décentralisation n'a pas seulement pour objectif de se substituer à la
centralisation comme outil de gestion de premier degré, mais se voit fixer un programme
d'intervention aux deux niveaux simultanément. Ici, l'informatique de premier niveau est bien
assimilée à un pouvoir : mais elle est un colosse qui s'affaisse sous sa propre puissance, un pouvoir,
qui s'effondre sous sa propre densité. Heureusement pour lui il dispose néanmoins de la ressource qui
va lui permettre d'échapper à ce destin : modifier sa répartition par la démultiplication des pieds, des
points d'appui du colosse, la décentralisation.
Le pouvoir c'est celui de l'outil de gestion, c'est-à-dire celui de l'informatique : or, la
décentralisation, comme méta-figure de gestion a pour objectif de limiter ce pouvoir. Elle est donc
présentée comme extérieure à la sphère d'influence de ce dernier. Or, sa méta-activité n'est possible
que parce qu'elle participe complètement du pouvoir, d'un pouvoir efficace. C'est bien parce que les
images de la gestion centralisée sont saturées qu'il devient nécessaire de faire appel à d'autres images,
susceptibles de modéliser non seulement la complexité de la société, mais aussi la leur propre ! C'est
leur demander, de fait, un renforcement de leur pouvoir, par auto-application : l'auto-référence ne
l'élimine pas, au contraire de ce que croit Drouin, mais le démultiplie.
La participation à la légitimation d'un montage en faveur de la décentralisation masque à
l'auteur la compréhension de ce qu'il décrit : car, si l'on accepte son hypothèse selon laquelle la
décentralisation parviendra à s'auto-contrôler, alors elle s'institue comme un véritable pouvoir
politique. En effet, le pilote en dernière instance se révèle comme celui qui trouve en lui-même les
ressources de sa propre maîtrise : cette involution est le signe d'une auto-fondation, d'une autoidentification, à proprement parler politique !
655Il
s'agit là à coup sur d'un des premiers textes publiés en France sur ce sujet, en lien direct avec la sortie du
rapport suédois "The vulnerability of the computerized society" ; il faudra attendre 1986 pour qu'une étude
réellement fouillée soit éditée, avec "Menaces sur l'ordinateur" de J.P. Chamoux.
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