Download Le rapport au format pdf
Transcript
— 168 — monde. Dans le centre de l’Angleterre, des jumelles sont récemment nées d’une mère de 59 ans qui avait été suivie en Inde. Les grossesses se délocalisent en Inde. L'opération, qui peut coûter en Inde jusqu'à 20 000 dollars, est cinq fois moins chère qu'aux États-Unis. Des agences se sont même créées dans le but de recruter des mères porteuses. La « clinique de la fertilité », à Bombay, propose sur son site Internet un formulaire de candidature. La postulante doit avoir eu au moins un enfant et répondre à une série de questions. Les demandes de couples étrangers auraient quadruplé l'année dernière. En l'absence de régulation, ce nouveau « marché », évalué à 450 millions de dollars, est en pleine croissance114. 2 - Des conséquences inquiétantes pour les enfants et les parents d’intention La presse a relaté deux cas emblématiques de trafic. En avril 2004, sur Internet, une jeune belge, propose à un couple belge qui ne peut pas avoir d'enfant, d'être mère porteuse. Moyennant 8 000 €, elle se trouve enceinte à la suite d’une insémination artificielle avec le sperme du mari. La grossesse se passe bien. Mais la mère porteuse se rend compte qu'elle aurait pu gagner plus d'argent. Elle aurait démarché, sur Internet, des parents potentiels prêts à la rémunérer davantage. Un couple de néerlandais est prêt à dépenser 15 000 € pour le bébé. La future mère envoie un courriel au couple belge lui apprenant qu’elle a perdu l'enfant, peu après elle accouche d'une petite fille D…., et enclenche la procédure d'adoption au bénéfice du couple néerlandais. Quand le couple belge a appris le mensonge, il a tenté de récupérer la petite fille. et un premier jugement belge donne raison au père biologique, mais il est finalement débouté, après que la justice ait estimé par deux fois que la petite D…. devait rester avec ses parents adoptifs, aux Pays-Bas : « L'enfant, aujourd'hui âgé de trois ans, est bien traité par ses parents. Elle n'a jamais connu d'autres parents qu'eux ». M… a été conçue in vitro au Japon avec le sperme et les ovules de ses parents, un couple de Japonais qui ne pouvaient pas avoir d’enfant. Elle s’est développée dans l’utérus d’une indienne et est donc née sur le sol indien. Ses parents japonais devaient l’adopter à sa naissance. Entre temps, le couple a divorcé et la mère ne veut pas de l’enfant. Le père voudrait récupérer sa fille. Mais en Inde, un père célibataire ne peut pas adopter une petite fille, même si celle-ci est génétiquement son enfant. La mère porteuse qui n’a jamais souhaité prendre en charge le nouveau-né, âgé de 14 jours, l’a abandonné. M… se retrouverait donc à l’hôpital d’Anand. 114 « Le Monde » - 3 août 2008