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139 CHRISTEL COTON de salon » 11. Vernon m’explique comment, aujourd’hui encore, il se sert de ses références littéraires pour « donner un certain cachet… mine de rien » aux nombreuses productions écrites qu’il réalise pour le service courant (notes de service, cahier d’ordre). Le récit des années passées en « corniche » reste marqué par la force d’un idéal se déployant tout à la fois dans la déclinaison d’une version sublimée du statut d’officier et dans une tension vers le « terrain », le combat, que Vernon se présente comme près à engager et à mener dès son plus jeune âge. « Quand on était en corniche, on était allé visiter un régiment de Spahis. Ils rentraient tout juste [de la première guerre] du Golfe. C’est à peine si ils avaient défait les paquetages. Il y avait encore du sable au fond des caisses. Ça sentait l’Irak, je te jure ! ça sentait le désert ! Moi, on m’aurait demandé de signer à la sortie, je signais comme première classe… Comme première classe, je signais d’entrée, sans problème !… Mais j’ai bien fait de ne pas le faire parce qu’ils ne sont pas repartis. » LES DÉCONVENUES PROFESSIONNELLES Les souvenirs recomposés et mobilisés à l’occasion de nos rencontres – où il s’engage dans un processus d’introspection rétrospectif l’amenant à rechercher dans ses archives des photos et des documents qu’il me confie, mais aussi à recontacter des camarades perdus de vue à la sortie de l’école – évoquent simultanément le poids du mythe et les prémices des déconvenues à venir. En faisant de ces années en école un espace-temps autonome traversé par une forme de croyance pure, il n’a de cesse de souligner combien l’entrée dans la vie active militaire, notamment en régiment, menace tout autant qu’elle déçoit les principes forgés dans les enceintes closes des écoles militaires. 11. Exhiber trop brutalement des ressources littéraires peut être stigmatisant : en régiment, un jeune lieutenant saint-cyrien me confie son « cahier tradi » après un entretien – « pour voir ». Surpris « en flagrant délit » par un vieil adjudantchef, il subit alors une volée de remarques acerbes stigmatisant la stérilité des réflexions sur l’engagement et la vocation.