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dans l’absolu, n’a de valeur qu’autant qu’elle incorpore une
multiplicité de cas. Nous intéresse le cas des peuples et des
cultures ressortissant à une même aire de civilisation. Une
aire couvrant ici l’Europe, de l’Ouest méditerranéen à l’Est
sibérien. Les cas français et russes doivent en vertu de cette
affinité souscrire à notre thèse avec une pertinence
équivalente. Le doivent… Et « qui doit peut », adage kantien.
N’est-il besoin, pour nous y retrouver, que d’une succincte
adaptation ? À ce qu’il semble. Mais ne préjugeons rien.
Mieux vaut, comme saint Thomas l’évangéliste, nous en tenir
aux faits. Une vérification s’impose, ne fût-ce que par acquit
de conscience (mais oui, lecteur, « acquit de conscience »
s’écrit avec un « t ». Il s’agit d’acquitter et non pas
d’acquérir). On n’est jamais trop sûr. Chaussons nos bottes et
rejoignons Cendrars dans le transsibérien. Cap sur la Grande
Russie, cœur internationale de l’esturgeon sauvage et du
crabe irradié. Les Russes ont l’hospitalité dans le sang
(l’alcool aidant). On y est toujours bien accueilli (le rouble
aidant). On ne recule pas devant ces trognes rassurantes
d’hôtes bons passeurs, gais compagnons. Rallions la
compagnie pour un rapide tour d’horizon. Et quel est-il, cet
horizon ! Splendeur des déserts russes. Limans neigeux
fuyant dans le brouillard ; cristaux de glace pelant d’un ciel
livide ; et la mousseline qui s’abat sur les cimes ; et la toundra
flaccide qui suce les jambes jusqu’à la taille. Landes
septentrionales, froides comme la mort, dont la rigueur
permit aux troufions russes de vaincre les grognards en deux
coups de baïonnette. Et puis, au bout du rail, la ville. D’abord
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