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commotionné par sa transformation) ; seulement, Gregor,
par son travail, entretenait toute sa famille qui vivait à sa
charge. Gregor devenu inapte à son travail, celle-ci se
retrouve donc dans la situation de devoir s’assumer. La sœur
et les parents du malheureux Gregor n’ont cure du
malheureux Gregor ; leur principal souci n’est pas de le
« guérir » mais bien plutôt de compenser cette perte de
salaire et de tenir Gregor au secret de sa chambre, en sorte
que personne ne puisse apprendre la honteuse nouvelle.
Gregor est un cafard ; il pourrait être un invalide ou un
accidenté ; peut-être est-il votre grand-père. Le tragique,
dans ce cas, consiste dans le fait qu’il ne s’agit plus
dorénavant d’une innocente fiction, mais bien de la réalité notre réalité.
Qui d’autre songe à la vieillesse ? Beckett probablement.
L’absurde est dans son élément. L’absurde, certes ; encore
faut-il savoir ce qu’est l’absurde. Disons, pour la faire courte,
qu’il signifie l’absence de signification. L’absurde, loin de
faire sens, c’est assumer que certaines choses qui
présentement n’en ont aucun n’en acquerront jamais. Le sens
est une requête, un rendez-vous perpétuellement manqué.
Godot ne viendra pas. Godot – ou Dieu – s’en est allé. Est
muet. Ou mort. N’escomptons pas des dieux ni des systèmes,
ni d’aucune sorte de métaphysique, obtenir de réponse. Il n’y
en a pas. Voilà ce qu’est l’absurde : la défection du sens, le
lourd silence des questions sans réponse. Qu’il s’agisse de
musique, de peinture, ou de théâtre, ou de littérature, la
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