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122 FICHE GRP : expertise JOB : pdf⊕dscg1 DIV : m⊕10⊕ddscg1⊕P01C02 p. 28 folio : 122 --- 29/9/011 --- 18H14 FICHE 2 ABUS DE POSITION DOMINANTE ET THÉORIE DES PRIX PRÉDATEURS Élimination de la concurrence. C’est de la jurisprudence européenne qu’est issue la théorie des prix prédateurs. La stratégie des prix prédateurs consiste à pratiquer des prix très bas dans le but d’éliminer un concurrent ou empêcher l’entrée sur le marché d’éventuels concurrents. Certes des pertes seront alors subies, mais l’élimination de la concurrence ou la confortation d’une position sur le marché permettra de récupérer lesdites pertes. Cette stratégie a des chances d’être efficace en raison de l’asymétrie d’information : les concurrents pensent, mais se trompent, que les prix très bas pratiqués sont le reflet de coûts de production encore plus bas, de sorte qu’il est inutile de lutter. En outre l’efficacité suppose sans doute une position dominante. Jurisprudence de l’UE. Dans une décision importante, le juge de l’UE a posé deux règles. Il estime d’abord que la pratique de prix inférieurs à la moyenne des coûts variables – c’est-à-dire des coûts liés à la quantité produite – fait présumer la volonté d’élimination de la concurrence. En revanche, cette présomption n’a plus lieu d’être lorsque les prix pratiqués sont inférieurs à la moyenne des coûts totaux (comprenant les coûts fixes, lesquels sont indépendants de la quantité produite) mais supérieurs aux coûts variables. C’est la deuxième règle. Dans ce dernier cas, le plaignant devra démontrer la volonté d’élimination (CJCE, 3 juillet 1991, AKZO Chemie BV c/ Commission). Le juge européen ne fait cependant pas de la capacité de l’entreprise à récupérer les pertes nées des prix pratiqués un critère d’application de la théorie des prix prédateurs. Autorité de la concurrence. En France, le Conseil de la concurrence (aujourd’hui, Autorité de la concurrence) a eu l’occasion de s’approprier cette théorie des prix prédateurs : « le Conseil rappelle que la prédation est une pratique tarifaire consistant, pour un opérateur dominant, à vendre en dessous de ses coûts de production dans le but d’éliminer, d’affaiblir ou de discipliner ses concurrents sous réserve de la possibilité de récupérer à terme et sous quelque forme que ce soit les pertes accumulées délibérément. Le constat d’une telle pratique doit donc se faire au travers d’une série d’éléments comme l’analyse des marges (il y a prédation si l’entreprise vend en dessous de ses coûts de production), la possibilité d’éviction (la prédation n’a de sens que si elle permet l’élimination ou l’affaiblissement de certains concurrents), les potentialités de récupération des pertes (la présence de barrières à l’entrée garantit la possibilité de récupération des pertes et l’élimination durable des concurrents), l’effet structurant de la baisse tarifaire sur le marché, ou la présence ou non de marques » (Cons. conc., 11 mai 2004, Sté AOL et a., 122